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“Aller à la Goutte d’Or, c’est entrer dans un autre univers”

Publié le 27 janvier 2022

Dans les années 1970, il y avait 24 cinémas entre Barbès et Place de Clichy. Mais avec l’avènement de la télé, ces salles ont été petit à petit rachetées puis transformées en supermarchés, en magasins de vêtements ou d’électroménager. Autant de lieux de mémoire mis à l’honneur par Marie de Busscher dans son court métrage Goutte d’Or Palace.

Samedi 15 janvier 2022, le Louxor projetait le film Goutte d’Or Palace. Un court métrage de 15 minutes réalisé par Marie de Busscher suite à une résidence en 2021 avec le Café Social Ayyem Zamen et l’Institut des Cultures d’Islam. Dans la salle, les spectateur·rice·s e s’apprêtent à plonger dans le passé des cinémas du Nord de Paris. Grâce à la réalisatrice et les personnages de ce documentaire, on déambule alors dans le Paris des années 70, époque à laquelle le boulevard Rochechouart comptait pléthore de cinémas. On assiste également à la destruction du Myrrha Palace, et on se fait même recaler du magasin Kata, qui abritait jadis le somptueux Barbès Palace. Enfin, on assiste à la confection d’un cinéma par des jeunes du quartier. Ces dernières sont d’ailleurs présentes dans la salle du Louxor et se voient porter pour la première fois au grand écran. Quelques jours plus tard, après cette projection exclusive, Marie de Busscher est revenue avec nous sur ce projet mémoriel et culturel.

Comment est né ce projet avec l’Institut des Cultures d’Islam et le Café Social ?
J’ai rencontré l’Institut des Cultures d’Islam via le photographe Stephan Zaubitzer, qui avait monté une exposition, “Cinés Méditerranée”, sur les salles de la rive sud de la Méditerranée. L’idée c’était vraiment de faire quelque chose autour de la mémoire des salles de cinéma devant lesquelles on passe tous les jours sans jamais le savoir, et une recherche aussi sur le tissu urbain, qui est lié à l’implantation de ces salles. Par exemple, dans les archives du Trianon, on se rend compte qu’il y avait un bar.

Normalement, quand on filme les gens, ça peut être un peu figé. Alors que là, cette façon d’aborder l’autre a permis qu’une parole assez naturelle se développe très vite.

Cette résidence s’est-elle déroulée en plusieurs étapes, comme dans le film ?
Avec les nombreux retards, on a finalement commencé fin mai avec le Café Social, où Stephan Zaubitzer a exposé ses photos. Cette expo a ouvert la résidence, et ça était une première façon de nouer des liens. Ensuite il y a eu plusieurs rencontres : on est allé voir l’expo "Divas" à l’Institut du Monde Arabe, on a fait une balade au mur à pêche à Montreuil. Ces temps de rencontre en amont étaient essentiels, et ils ont permis une forme de liberté à l’écran. Normalement, quand on filme les gens, ça peut être un peu figé. Alors que là, cette façon d’aborder l’autre a permis qu’une parole assez naturelle se développe très vite.

De ton côté, avais-tu déjà un historique avec le quartier ou ses cinémas ?
Non pas du tout. Je crois que la première fois que j’étais à Pigalle, j’avais 17 ans et j’ai eu très peur (Rires), car ça faisait partie des quartiers que je ne connaissais pas. Ce qui a été génial dans cette résidence à la Goutte d’Or, c’est que c’est un quartier devant lequel on passe, sans jamais entrer à l’intérieur. C’est un petit monde à côté de Barbès, que tout le monde connaît. Faire ce pas de côté et aller à la Goutte d’Or : c’est entrer dans un autre univers.

Un univers où les salles de cinéma étaient légion à une certaine époque.
Oui, car il y avait 24 cinémas sur le petit boulevard, entre Barbès et la Place de Clichy. Au début, c’était essentiellement des salles de première exclusivité. La plupart des cinémas étaient des mono salles et après, il y a eu une défection car la télévision est arrivée dans les foyers. En moyenne, ces cinémas-là ont tenu plus longtemps que ceux de l’ouest parisien. Vers la fin, au milieu des années 80, on retrouvait beaucoup de cinémas de deuxième exclusivité. C’est la preuve aussi qu’il y avait un public dans le quartier. D’ailleurs, tous ces cinémas ont été répertoriés sur une carte réalisée par Laurent Laborie sur le site Paris Louxor.

Comme on avait filmé la destruction du Myrrha Palace, je me suis dit que ça serait génial qu’on en invente un nouveau dans une dynamique de nouvelle génération et d’appropriation du patrimoine.

Dans Goutte d’Or Palace, tu reviens aussi avec certains personnages sur leur rapport au cinéma dans leur pays d’origine, notamment en Algérie. C’était aussi un souhait mémoriel ?
Non, le sujet du cinéma en Algérie a émergé au fur et à mesure. Par exemple, on a beaucoup arpenté le quartier avec Mohamed (un des personnages du documentaire, N.D.L.R), et c’est en marchant que cette parole a émergé, je ne l’ai pas provoquée. Tout simplement parce que je pense que le cinéma est aussi lié à l’enfance et à l’adolescence. A la fin du film, il y a des photos de cartes postales. L’idée c’était aussi de montrer que la salle de cinéma est un patrimoine international.

A la fin du film, on assiste à un atelier avec des jeunes. Comment est venue cette idée de rencontre intergénérationnelle ?
En fait, au départ, ce n’est pas moi qui devais filmer. Ça devait être des jeunes. Mais sur la tranche 18-25 ans, on n’a pas réussi à accrocher ce public, et c’est vers septembre que l’occasion de faire un atelier avec le Centre Paris Anim’ Rachid Taha s’est présentée. Comme avec Mohamed on avait filmé la démolition du Myrrha Palace, je me suis dit que ça serait génial qu’à la place de ce ciné, on en invente un nouveau dans une dynamique de nouvelle génération et d’appropriation du patrimoine.

TEASER GDP 10H30 INTERNET from Marie de Busscher on Vimeo.

Propos recueillis par Maxime Renaudet.



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